C'est jeune, c'est frais




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L'étudiant en informatique
Cet être étrange
Fac, BTS, IUT, Ecoles d'ingénieurs... L'Education Nationale a fait ça bien : aujourd'hui, il existe plein de voies pour être un informaticien, un vrai. Sans compter que bon nombre d'autres filières fournissent des informaticiens, restant devant leur ordinateur des soirées entières délaissant leurs passionnants cours de psychologie, de maths ou de mécanique [1].

Tout d'abord, il est bon de rappeller que, évidemment, tous les élèves en informatique ne sont pas des geeks [2] en puissance, comme on peut en trouver dans d'autres filières. On distingue donc d'ores et déjà plusieurs types d'étudiants : ceux qui sont là par opportunisme, par hasard, ceux qui, en fait, ont vu de la lumière et se sont dit que c'était finalement pas plus mal qu'autre chose. Ceux-là font majoritairement des étudiants sans trop de culture informatique poussée, c'est à peine s'ils savent utiliser un Minitel™. On peut donc aisement les perdre en balançant deux trois angliscismes dans une pharse qui aura le bon ton de ce terminer par "CD Bootable". Cette première catégorie crée des élèves qui prennent les cours sans réelle passion, pour avoir un semblant de métier à la fin.

Viennent ensuite les étudiants moyens, qui voient l'informatique comme le truc qui tourne autour de Internet. Son but sera de créer des petits programmes sympatiques qui pouront faire marrer les copains et épater la famille à travers la démonstration sans trop de souci d'un pendu codé avec les coudes. Inutile de lui parler d'architecture réseau, il sait à peine remplacer les cartouches d'encre dans son imprimante-scanner-cafetière sans consulter le site de Darty. C'est celui qui aura programmé le programme qui calcule la masse d'un objet sur sa calculatrice TI-83 pendant sa terminale S. Et puis il y a le vrai, le dur, l'informaticien né, qui avait déjà ajouté des composants sur son V-TECH à l'âge de 6 ans, qui avait démontée sa Dictée Magique pour en faire un arrosseur automatique de plantes, et qui depuis porte des t-shirts avec des têtes de mort et clame à qui veut l'entendre que Windows n'est qu'une pompe à fric tout juste bonne à permettre aux hackers russes de rentrer dans les ordinateurs des gens honnêtes pour leur piquer leurs photos de vacances au Touquet.

Le décor est planté : on sait désormais à qui s'adresser si on a un souci avec son ordinateur. Les premiers diront que c'est la faute à Darty, les seconds seront capables de trouver le problème sans pouvoir le résoudre, et les derniers vont résudre le problème, en changeant tellement de choses que certes le problème sera résolu, mais la question ne se posera même plus. Dans tous les cas, il est certain que le futur chômeur informaticien saura utiliser les mots qu'il faut pour décrir le problème : il existe un langage spécifique pour les initiés.

Les premières bases de ce langage consistent en des déclinaisons d'actions simples : ainsi je copie-colle, du verbe copier-coller [3] se conjugue à tous les temps (il eût fallut que vous copie-collassiez), ou bien encore le fameux tu altetabes [4] qui permet de changer de tâche. On peut donc s'altetaber pour discuter avec un ami tout en parlant avec une autre personne au téléphone. La pratique de l'altetabing ets d'ailleurs couremment utilisée en cours. Notons ensuite l'emploi de raccourcis claviers fortement utilisés, comme le Alt+F4 qui permet de fermer une fênetre (Tu seras gentil de faire un Alt+F4 de ta gueule) ou encore l'utilisation grossière du Ctrl+Z qui annule la dernière action (- J'ai fait une tâche de yaourt sur mon pull / - Fais donc un ctrl+Z !). Cette utilisation du langage informatique implique donc une utilisation poussée des logiciels pour les transposer aux situations quotidiennes [5].

Cette utilisation peut même être poussée à l'extrême. Il existe en informatique un système qui permet de mettre en attente une action (WAIT) en attendant qu'une autre se termine. En se terminant, cette dernière enverra un signal (SIGNAL) qui indiquera donc à l'action en attente qu'elle peut débuter (je synthétise, on est pas là pour expliquer le scheduler en trois phrases). C'est ainsi que lorsqu'on appelle une personne qui est déjà entrain de parler à une autre, on dit simplement qu'elle nous fait un WAIT, jusqu'à ce qu'elle signale sa disponibilité. On pourra donc envisager ce genre de discution :

Kévin à Brandon : "Dis, pour l'exo, t'as juste copiécollé le texte ?" Brandon est alors en train d'expliquer ce qui est dans son assiette de resto U à la jeune demoiselle de droit qui étudie dans le bâtiment qui jouxte sa fac d'informatique
Jonathan à Kévin :
"Je crois qu'il t'as waité !"
Kévin à Jonathan : "Toi, altF4 ta gueule !"

Signalons que cet exemple est révélateur de l'ambiance qui règne entre futurs informaticiens. Ces noms ne sont que fictifs, et sont bien souvent remplacés par des sobriquets ridicules tirés des messageries sur le net. Car l'etudiant a du mal à faire la part des choses entre le virtuel et la réalité, et ça l'amuse de penser que dans la journée, il va pouvoir taxer trois tranches de pain rassis au mec à qui il envoie des kikoo à longueur de soirée. Et puis il est convenu qu'appeller un pote Zizou88, c'est plus classe que "Kévin" [6].

Pour terminer, et sans oublier que ces détails ne sont qu'une introduction et que cette liste est donc tout sauf exhaustive [7], on ne peut pas oublier l'existentielle question du système d'exploitation : il est de bon ton de considérer que tout ce qui est payant est honteux, ne devrait pas exister. A ce titre, utiliser Linux est une obligation pour l'étudiant qui veut être bien vu. Mais attention, puisque désormais trop de monde s'y met, il ne faut pas hésiter à dire que oui, Linux pose parfois des problèmes et qu'il y a des bons et des mauvais Linux. Ca permet de classer encore quelques temps les gens et à ceux qui veulent toujours être en avance de ne pas trop se faire rattraper. Quant aux utilisateurs de Mac, c'est une autre histoire, puisqu'ils sont par définition au dessus du lot, et pour eux tout ce qui ne contient pas de pomme est inexistant (La Bible se résume à Adam et Eve et Sacha Distel a chanté "Des pommes... et c'est tout").
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Notes du bas de la page (ou un peu avant)
[1] Moi je dis ça je dis rien.
[2] Pour les non-initiés, un geek est un passionné d'informatique à passer des heures devant son écran et à connaître les moindres recoins de son ordinateur.
[3] Ou copie-coller.
[4] Ou Alt-tabes.
[5] Pour peu qu'on mange du yahourt tous les jours.
[6] En fait, je suis pas si convaincu du contraire que ça.
[7] Enfin, "tout", c'est beaucoup dire : je ne peux pas affirmer qu'elle soit verte, par exemple.
Commentaires battus
Posté par
El_ChiCo le 02.12.2005 à 00:00 [#1]
très bien. Très bien...



encore un bel article bien loul :)

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